En 1898, l´écrivain Saint-Pol-Roux vient s´installer dans la presqu´île de Crozon. Il quitte Paris qu´il n´aime pas pour son ostracisme. Il a tenté de créer une oeuvre d´art "totale". "Que la Lumière soit!" écrit-il dans son oeuvre posthume "La Besace du Solitaire", ed. Rougerie 2000. Saint-Pol-Roux représente l´archétype du « poète oublié ». En 1925 André Breton lui donne le titre de "seul authentique précurseur du mouvement dit moderne" (surréaliste). Détails sur fr.wikipedia.org
Plus qu´à son oeuvre littéraire, nous nous intéresserons aujourd´hui à la vie qu´il a menée à Camaret. La matinée commence par le tour de la presqu´île de Roscanvel. Au village de Lanvernazal, nous passons devant la chaumière où vécut Saint-Pol-Toux de 1898 à 1905. Détails sur patrimoine.region-bretagne.fr
Vers 1900, Saint-Pol-Roux commence à élaborer les plans d´une nouvelle demeure. Elle doit s´élever au milieu des landes, à l´emplacement d´une maison de pêcheur, face la pointe de Toulinguet en Camaret. En 1905, la maison est construite. Non sans un certain regret, il abandonne sa petite chaumière de Roscanvel devenue trop petite, et installe sa famille dans le nouveau manoir: sa femme Amélie, son premier fils Cecilian, son second fils Laurédan, sa fille Divine et sa servante Rose. Chaque soir, de juin à septembre, ce sont des réceptions grandioses. L´argent ne manque pas. Son père décède en 1906 et il touche une partie de l´héritage. Saint-Pol-Roux participe également à la vie de Camaret. En 1910, il contribue à la réfection de la chapelle Notre-Dame de Rocamadour en Camaret. Il a sens du théâtre et en 1913 le maire de Camaret fait appel à lui pour organiser les grandes régates. Saint-Pol-Roux fait reconstituer la bataille de Camaret du 18 juin 1694. Une jeune fille représente la victoire. On lit des poèmes et un défilé part des hauteurs de Camaret. C´est un hymne à la victoire. Le silence se fait sur le port de Camaret quand son fils ainé Cecilian lit un poème des plus émouvants qu´il a écrit lui-même.
En 1914, Cécilian part à la guerre et meurt le 4 mars 1915. Son frère Laurédan rejoint également le front quelques mois plus tard. Pour Saint-Pol-Roux c´est la descente aux enfers. Il va se retirer au haut d´une tour du manoir où il tente de se remettre. En 1916, Laurédan se marie à une fille de Pont-l´Abbé et le bonheur revient un peu au manoir. Jusqu´en 1918 on craint pour la vie de Laurédan. En 1923, Amélie meurt subitement. St-Pol-Roux ne s´en remettra jamais vraiment. De plus, l´argent manque. La guerre l´a privé de ses droits d´auteur et l´entretien du manoir coute cher. Seule une pièce du manoir reste utilisée. La vie au manoir est triste même si Rose l´égaye un peu. Un jour de printemps, alors qu´il se promène dans l´allée menant à Camaret, Saint-Pol-Roux voit refleurir un bosquet de roses. Il pense à Amélie qui les avait plantées. C´est un déclic et il reprend son travail. A côté de son oeuvre magistrale "La dame à la faulz, 1899", il en écrit une autre pour les générations futures: "La majesté la vie". Il a l´intention de la faire jouer pour ses 80 ans. La tragédie qui va suivre l´en empêchera. Malgré tout, même si les soirées somptueuses d´avant guerre sont passées, les artistes continuent de venir à Camaret. Mary Piriou, jeune peintre à Pont-Aven, y passe un jour et son sens de la couleur plait à Saint-Pol-Roux qui va l´aider en écrivant des articles dans les quotidiens locaux. Pour le remercier, elle peindra un portrait de Saint-Pol-Roux représenté perdu dans ses pensées, entouré d´un paon, d´une colombe et d´un corbeau, en référence au premier tome de poèmes en prose: "Les Reposoirs de la procession", 1893. Survient la seconde guerre mondiale. Un soir de juin 1940, un soldat allemand arrive au manoir pensant y trouver des trésors. Rose s´avance vers Divine pour la protéger. Elle est tuée d´une balle et Saint-Pol-Roux atteint à la tête. Divine est violée. Le carnage s´arrête quand le chien de la maison fait fuir le soldat. Le lendemain matin on trouve Divine sur la lande. On l´envoie à l´hôpital de Brest ainsi que son père. Quand Saint-Pol-Roux revient à Camaret, il trouve le manoir pillé et ses manuscrits dispersés sur la lande. On doit le ramener à l´hôpital. Il meurt le 18 octobre 1940. Le manoir sera détruit pendant la guerre par un bombardement aérien. Les manuscrits éparpillés sur la lande ont été ramassés par les habitants de Camaret. Une fois la guerre terminée, Divine pourra les récupérer. Ils seront publiés par la maison d´édition de René Rougerie, héritier de Saint-Pol-Roux.
Cette journée a également permis de visiter l´exposition Saint-Pol-Roux qui se tient cet été 2010 dans la chapelle de Camaret.
Au cours ce cette journée, c´est Marie-Françoise Bonneau, écrivain et historienne, qui nous a fait découvrir Saint-Pol-Roux.
Y.A. Juillet 2010