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Autour de Kerilien en Plounéventer

En 1829, l´érudit lesnevien Miorcet de Kerdanet fut le premier à s´intéresser au site gallo-romain qui s´étendait sur plusieurs dizaines d´hectares à travers les villages de Kerilien, Coatalec et Kergroas: "... je fus surpris des amas de décombres qui couvrent tous les champs de ces villages; je le fus également de l´immense quantité de briques dont la terre était jonchée. En creusant le sol à quelques pouces de profondeur, je ne trouvais que de la brique; j´en rencontrai sur les chemins, dans les fossés, sous les buissons, partout enfin, en si grand nombre, qu´il n´y a peut-être point, dans un rayon d´une lieue, un seul petit espace qui n´en soit point rempli." De Kerdanet décrivait le plus important site archéologique du pays de Léon. Les fouilles effectuées à partir de 1960, notamment par L. Pape, ont permis de mieux connaître son histoire. Les poteries gauloises retrouvées sur le site permettent d´affirmer que le site était occupé dès l´âge du Fer. Après la conquête de la Gaule en 56 av. J.C., Kerilien se retrouve au croisement de deux grandes routes stratégiques qui traversent le Léon gallo-romain (voir sur le plan ci-dessous la route transléonarde qui traverse le Léon d´ouest en est, et la route qui reliait la ville principale Carhaix/Vorgium à l´Aber-Wrac´h). Plusieurs autres routes importantes passent près de ce carrefour et une ville gallo-romaine importante se développe à cet endroit. Elle prend le nom de Vorganium (nom trouvé sur le milliaire de Kerscao en Kernilis; voir plan ci-dessus). Vorganium a prospéré jusqu´aux invasions du IIIe siècle. On y trouve un artisanat important: poterie, tuiles, verre, métaux, ... Ensuite c´est le déclin. Les monnaies trouvées sur le site indiquent que Vorganium était encore habitée au Ve siècle. Vers cette époque, les immigrants bretons arrivent dans la région. Evitant sans doute de s´installer dans des lieux déjà habités, ils se fixent à côté. Il se trouve que l´un des lieux d´implantation voisins, Lesneven, est devenu une ville importante au Moyen-Age, déviant vers elle les voies de communication. Le carrefour routier gallo-romain devenu sans importance, Vorganium disparait progressivement. Aujourd´hui, en arrivant à Kerilien, rien n´indique qu´on se trouve sur un site archéologique majeur, pas même un panneau explicatif. Pourtant, une ville entière, dont plusieurs dizaines d´hectares ont été totalement préservés des dégradations du XXe siècle, s´y trouve toujours.

Références:

  • Joël Favé. Kerilien Vorganium. Musée du Léon 1989.
  • La voie romaine entre St-Mathieu et Kerilien (www.amis-st-mathieu.org, site des Amis de Saint-Mathieu)
  • Joël Favé étudie le site depuis des années. Au cours de cette journée il va faire faire revivre la ville oubliée. La visite commence au village de Kerilien qui se trouve à l´extrémité est de l´ancienne ville de Vorganium. A une dizaine de mètres au nord de la D32, on remarque un dénivelé qui marque la limite de la zone urbanisée. Dans les constructions modernes on note la présence de moellons gallo-romains. Un peu plus au nord, on voit le départ de l´ancienne route qui traversait le Léon jusqu´à Saint-Pol.

    De Kerilien, nous suivons l´ancienne voie romaine de Carhaix à l´Aber-Wrac´h (aujourd´hui la D32) pour prendre la direction de Coatalec et traverser Vorganium d´est en ouest. Au bord de la D32, au croisement de la route de Coatalec, on remarque une croix pattée. Sa datation est difficile à effectuer. Elle ne remonte sans doute pas au Haut-Moyen-Age comme on l´aurait peut-être affirmé vers 1980. En avançant le Xe ou le XIIe siècle on est sans doute plus proche de la vérité. Elle indique cependant que l´ancienne route reliant la Pointe Saint-Mathieu à St-Pol-de-Léon était vraisemblablement praticable à cet endroit à la fin du Haut-Moyen-Age.

    En avançant vers Coatalec on remarque dans les champs des quantités de pierres et de tuiles gallo-romaines. Nous sommes là au coeur de la ville gallo-romaine. Un forum de 70m de long s´étend sous Coatalec. Le site a été partiellement fouillé par L. Pape de 1962 à 1968 dans des conditions difficiles. La population locale détruisait systématiquement les vestiges mis à jour jusqu´à 2m de profondeur. Des destructions ont été perpétrées jusqu´en 1995. Aujourd´hui, malgré ces déprédations, les vestiges sont encore là. Un jour, les murs et les colonnes enfouis finiront par gagner le combat contre les engins agricoles. Les archéologues retrouveront leurs droits et Vorganium une nouvelle vie.

    A Kergroas on s´arrête un moment devant le milliaire. Il ne contient pas d´inscription et on ignore quelle route il balisait. De là nous prenons le chemin du théâtre gallo-romain. Suite à une intervention de L. Elégoët, le site a été acheté par l´état en 1984 et classé en réserve archéologique. Il donne une idée de ce à quoi ressemblait le site de Kerilien autrefois. Le site était parsemé de petites buttes. Sous les arbres on voit nettement l´emplacement du théatre. C´est une butte de 30m sur 15m contenant la scène. La cavea a été creusée sur la pente de la colline et atteint 80m de diamètre. Un tel monument confirme l´importance de Vorganium. D´après J. Favé (Kerilien, 1982): "Quoi qu´il en soit, la ville gallo-romaine de Kerilien-VORGANIUM peut être considérée comme un centre de industriel de moyenne importance (en l´état actuel des recherches) composé essentiellement d´ateliers de potiers et de bronziers, mais disposant aussi d´habitations à sol cimenté et à mur décoré. Ainsi, M. Merlat, en 1956, découvrit en A-139 "une portion de bâtiment avec angle maçonné, des plaques d´enduits peints à fond de crème et motif de couleur ocre foncé". De même, L. Pape en 1966: une salle du chantier 2 (partie G) " a eu une décoration d´enduits peints à fresque, certains fragments de couleur bleue, jaune, rouge furent sauvés". Par ailleurs, les parcelles 265 et 280 ont fourni des colonnes en granite. Dans cette même parcelle 280, on a trouvé des pierres en grand appareil ce qui démontre une fois de plus, l´intérêt archéologique de cette zone. La zone du théatre, quant à elle, possède sans aucun doute des monuments très importants comme le suggère les dimensions des buttes sur le cadastre du siècle dernier."

    L´après-midi, nous prenons le chemin de la motte féodale de Morizur à l´extrémité nord de la commune de Plounéventer. Le site est inscrit à l´inventaire des monuments historiques. Il a été construit au Xe siècle sur un site en éperon barré à l´écart des grandes routes. C´est un ouvrage défensif destiné à résister à divers envahisseurs. Le Diriguin protège le site à l´est et la Flèche au nord et à l´est. Un plateau allongé sécurise l´accès par le sud. Morizur est l´élément central d´un ensemble de 4 mottes. Trois mottes de moindre importance protègent le site: Coz-Castel au sud-ouest, la Sal au nord-ouest et Pont ar Halvez au nord (voir plan ci-dessus). Coz-Castel contrôle les routes de Landivisiau et Landerneau, et Pont ar Halvez celle de Morlaix. Morizur est une grande motte féodale qui s´étend sur une dizaines d´hectares. A titre de comparaison, l´ensemble du site de la motte féodale de Lesquélen (commune de Plabennec) tiendrait dans la basse cour de Morizur. La motte fait 12m de hauteur pour 40m de diamètre. Elle était couronnée d´un donjon en pierre surmonté d´une tour en bois. Elle est entourée de fossés de 12m de haut. Elle a été habitée jusqu´au XIVe siècle par les seigneurs de Morizur. La première trace écrite de cette famille date de 1381. On retrouve le sceau des Morizur (3 chevrons superposés) dans le traité de Guérande.

    La journée se termine par la visite de la maison forte de Morizur. C´est un exemple rare de construction du XIVe siècle. A cette époque, les seigneurs de Morizur ont quitté leur motte féodale pour venir habiter l´autre côté de la vallée de la Flèche. Ils ont construit une maison forte sur un terrain en pente. On voit encore le mur d´enceinte qui descend jusqu´à la rivière et les restes d´un donjon carré. Le manoir a été reconstruit au XVI siècle.

    Compte rendu réalisé par Y. Autret.
    Remerciements à J. Favé.

    Note: la carte présentée en début de page visualise des voies romaines passant au voisinage de Kerilien. Localement, des erreurs de tracé sont possibles.


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